Tapez et appuyez sur Entrée.

Partie 1 : du déni à la foire aux monstres

Miniature - Partie 1 - du déni à la foire aux monstres

Crédits d’image: Питер Брейгель Старший — Точная репродукция картины 16 века, Diego Vélasquez.

Les représentations picturales de notre histoire n’abordent que la partie émergée de l’iceberg. Et pour  cause : Premièrement, les scènes de la  vie courante sont jugées sans intérêt,  voire vulgaires. On n’a pas envie de voir des peintures de personnes pauvres labourant les champs ou préparant la popote pour midi dans une pièce faisant à  la fois office de cuisine, de salle à manger et de salle de bain.  Non mon brave,  on veut du glamour, du chic ! Des scènes de batailles épiques  et de riches familles en tenues d’apparat,  la vie  de la populace…Non merci ! 

Deuxièmement ,  pour se faire tirer le portrait, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. C’est pourquoi ce luxe est le plus souvent réservé aux nobles et aux familles fortunées.

Ainsi dans nos musées, il est très rare de pouvoir admirer une belle pièce dépeignant la journée type d’un simple paysan. Il faudra attendre le 15ème siècle pour observer des scènes de genre dans des dimensions correctes notamment grâce aux peintres primitifs flamands et ainsi admirer la caste oubliée des représentations. 

En parlant d’oubliés, une catégorie de personnes est très peux mise en valeurs : les personnes ayant un handicap physique ou mental. 

La raison est contextuelle,  jusqu’aux Temps Modernes. Ces ”oublié de Dieu” sont exclus de la société car leurs troubles sont jugés comme malins ( le fruit du démon) ou comme une erreur de la nature à absolument éviter pour ne pas risquer la contagion de ce fruit pourri. Peu importe les besoins de ces derniers,  on préfère remettre ces fardeaux à l’asile en toute discrétion plutôt que de voir s’abattre la honte sur son foyer. On peut voir les plus débrouillards mener une vie de paria et mendier leur pitance dans les rues les plus fréquentées.

Les rares représentations

Peu nombreux sont les artistes à représenter l’infirmité. Cependant lorsqu’ils le font, ce sont souvent à des fins peu flatteuses pour les modèles. 

Prenons pour exemple la parabole des aveugles.

NomPieter Brueghel ou Bruegel dit l’Ancien
Lieu et date de naissanceIl est né à Bruegel vers 1525 et il est mort le 9 septembre 1569 à Bruxelles
Titre de l’œuvreLa parabole des Aveugles ou Les Aveugles
Date de production de l’oeuvrePeinte à Bruxelles en 1568
Technique(s) utilisée(s)La détrempe ou tüchlein: peinture exécutée à la détempe (les pigments sont liés par des colles en solution aqueuse) sur une fine toile de lin non préparée, c’est-à-dire que les couleurs sont appliquées directement sur la toile beige (fond en demi-ton)
Historique de Pieter Brueghel et de son oeuvre « La parabole des aveugles »

Il s’agit d’une toile inspirée de la parabole des aveugles de l’Évangile de Mathieu:

Laissez-les : ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou !

(Mt 15,14)
La parabole des aveugles
La parabole des aveugles

 Les aveugles sont seuls dans cette scène et se tiennent les uns aux autres sur un chemin étroit. Les diagonales négatives les mènent vers le drame, ils vont chuter et leur destination n’est pas des plus rassurantes.  De plus, le renfort de la dramatique de cette scène nous vient du choix des couleurs brunâtres et foncées. 

La seule parcelle plus éclairée dans ce tableau est la diagonale positive en haut à  droute où se dresse l’église comme lieu  de salut. 

Les aveugles, par les codes directionnels et de couleurs, s’en éloignent.  Comme si ces derniers ne méritaient pas la bienveillance du Dieu.Une interprétation qui rejoint les valeurs de l’ époque.

Exception à la règle et pourtant : Vélasquez 

Issu du 17ème siècle, Diego Velasquez est un peintre hispanique représentant la Noblesse espagnole.  Cette cour aime s’entourer d’amuseurs et de bouffons. Cette catégorie de personnes  est composée d’hommes et de femmes atteints de nanisme et de déficits mentaux légers à  sévères. 

Si nos mœurs peuvent se choquer de ces pratiques,  il faut savoir que de travailler au bon divertissement des nobles est une des meilleures places que peuvent acquérir ces personnes car sitôt  que leur cas se détériorait ( amplification de la folie, problème de santé  dus aux articulations,etc.), ils étaient  alors pris en charge par la famille royale et ainsi envoyés à l’hôpital Zaragosse pour être soignés. 

C’est en la qualité d’amuseur ’ du roi’ de la reine où  des infants que Velasquez immortalise certains d’entre eux, et ce, sans désir d’adoucir  les stigmates de leurs handicaps. Le Calabacillas du musée du Prado où se présentent tous les stigmates de l’idiotie , peint avec le mot courge, synonyme d’imbécillité, tout est dit. C’est son faciès qui prête à penser à une arriération mentale. Le modèle est assis sur le sol dans une position rendue difficile par la longueur et la difformité de ses jambes, sûrement causé par une lésion vertébrale.

TitreLe Bouffon Calabacillas
DescriptionEspañol: Retrato del bufón español Juan Calabazas († 1639), que sirvió al cardenal-infante Fernando de Austria y posteriormente al hermano de este último, el rey Felipe IV de España.
DateVers 1635-1639
Technique/matériauxHuile sur toile
DimensionsHauteur : 106,0 cm ; Largeur : 83,0 cm
CollectionMusée du Prado
Historique de Velásquez et de son oeuvre Le Bouffon Calabacillas
Velásquez - Le Bouffon Calabacillas
Velásquez – Le Bouffon Calabacillas

Conclusion  de la première partie

Il n’est pas bon d’être différent. Au risque d’être rejeté où envoyé au casse-pipe. La représentation du handicap au sens large dans l’Histoire de l’Art nous confirme la position compliquée de ces humains qui n’ont rien demandé et dont la seule ambition permise serait d’être le petit singe savant d’une cour abrutie par l’ennui. Nous ne sommes pas loin du mythe d’elephantman… 

La suite nous dira si le regard porté sur ce public variera dans l’histoire… stay tuned pour la partie 2 !

Pour aller plus loin : 

  • Consulter les œuvres de Diego Velàsquez.
  • Le pied-bot de Ribera ,1642.

Crédits d’image: Питер Брейгель Старший — Точная репродукция картины 16 века, Diego Vélasquez.

Juste pour info

Nous n’avons pas la science infuse, tous les articles sont issus d’un avis personnel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *